Le syndrome de dysfonctions non verbales occupe une place singulière dans le paysage des troubles des apprentissages. Reconnaissable pour les cliniciens qui le côtoient, il reste absent des classifications internationales et demeure peu identifié dans les pays européens francophones — alors qu'il est largement connu au Québec et dans les pays anglo-saxons.
Un contraste qui masque les difficultés
Le SDNV se caractérise par un écart entre des aptitudes verbales préservées, voire fortes, et des fragilités dans plusieurs domaines non verbaux : traitement visuospatial, graphomotricité, lecture des situations sociales. C'est précisément cette dissociation qui retarde le repérage. L'aisance verbale rassure l'entourage, et les difficultés sont attribuées au caractère, à la motivation ou à l'anxiété avant d'être rapportées à un fonctionnement cognitif particulier.
Les pionnières francophones
C'est au Québec que ce tableau a trouvé ses premières descriptions en langue française. Francine Lussier et Janine Flessas, du Centre d'évaluation neuropsychologique et d'orientation pédagogique (CENOP) à Montréal, en publient un exposé dès la première édition de Neuropsychologie de l'enfant : troubles développementaux et de l'apprentissage (Dunod, 2001), ouvrage devenu un classique de la discipline. Elles y présentent le SDNV comme une entité alors nouvelle, aux facettes cognitives, scolaires et sociales, dont la compréhension restait difficile pour beaucoup de cliniciens. Un symposium du CENOP consacré au syndrome, en 2004, a contribué de façon décisive à en faire connaître le diagnostic. L'ouvrage a connu deux rééditions, en 2009 puis en 2017.
Nous avons eu il y a quatre ans des échanges scientifiques avec Madame Francine Lussier, sous la forme de deux supervisions en visioconférence consacrées à des situations relevant de ce syndrome.
Une actualité française
La situation évolue en Europe francophone. Michel Habib, neurologue et président de Neurodys PACA, rapproche le SDNV du profil HP-Dys dans Le génie des Dys (2024). Son équipe du centre expert Resodys, à Marseille, a publié en 2025 une actualisation des connaissances assortie de l'analyse d'une cohorte de 89 patients, qui propose une nouvelle stratégie diagnostique. Ces auteurs s'écartent d'une partie de la littérature récente qui réduit le syndrome à un trouble visuospatial : ce qui le caractériserait tiendrait plutôt à la coexistence d'atteintes discrètes dans plusieurs domaines, et aux écarts intra-individuels entre eux. Une seconde publication de la même équipe, dans Applied Neuropsychology: Child, reprend la question des critères classiques et de l'écart verbal–non verbal.
Références
Lussier, F. & Flessas, J. (2001). Neuropsychologie de l'enfant : troubles développementaux et de l'apprentissage. Dunod. Rééditions 2009 et 2017 (cette dernière avec E. Chevrier et L. Gascon, sous le titre Neuropsychologie de l'enfant et de l'adolescent).
Habib, M. (2024). Le génie des Dys — Être dys et haut potentiel à la fois. Éditions Sciences Humaines.
Joffroy-Frixons, A., Colas, P., Abed, K., Gruel, M. & Habib, M. (2025). Le syndrome de dysfonctions non verbales (SDNV) : actualisation des connaissances et analyse d'une cohorte de 89 patients traités dans le centre expert Resodys. Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 73(6), 304-313. Accès libre.